La Réglementation Thermique 2012 (RT 2012) prévoit de diviser par trois la consommation énergétique des bâtiments neufs, avec une particularité pour le logement collectif*. En parallèle, la loi ELAN (Évolution du Logement, de l’Aménagement et du Numérique), en cours de débat, pose les bases de la prochaine RT 2020, encore plus ambitieuse en matière de sobriété énergétique. Comment le secteur de l’habitat collectif s’y prépare-t-il ? État des lieux des pratiques.

 

Pour maîtriser leurs dépenses énergétiques et répondre à la réglementation thermique RT 2012 et celle qui va suivre (RT 2020), les bailleurs ont d’abord souhaité renouveler leurs équipements thermiques. Ils ont priorisé trois types d’investissement. Le premier autour de la fourniture d’eau chaude, source de dépense importante dans les logements collectifs. « Les bailleurs ont fait le choix, majoritairement dans les bâtiments neufs, de dispositifs de production d’eau chaude sanitaire individuelle (ECS) qui cohabitent avec la chaufferie centrale » explique Rémi Pujol Jacomi, responsable Développement Habitat Public chez ENGIE Cofely. Ensuite, des systèmes performants de ventilation mécanique contrôlée ont été déployés, comme les VMC double flux notamment qui permettent d’insuffler de l’air chaud dans les habitations. Enfin, et de manière plus mesurée, certains bailleurs ont équipé leurs logements collectifs de systèmes de production d’énergies renouvelables, tels que les panneaux photovoltaïques ou les pompes à chaleur.

 

Développer la valeur ajoutée apportée par les équipements thermiques
Après avoir fait évoluer leurs installations thermiques, les bailleurs s’intéressent de plus en plus aux services digitaux proposés par leurs fournisseurs. « L’ensemble des installations peuvent être associées aux solutions numériques, ce qui étoffe la palette de services proposée au client » explique le responsable Habitat Public chez ENGIE Cofely.
La télésurveillance, est l’un des premiers services à avoir été proposé sur ce marché.

« Dans l’offre Vertuoz, nous proposons d’installer des chaufferies équipées de capteurs numériques. Ils nous permettent de suivre les données en temps réel et à distance ».

Quand le système enregistre une variation anormale de température, la téléalarme déclenche l’envoi rapide d’un technicien de maintenance. En matière de chauffage collectif, l’interruption d’un système de chaufferie est coûteuse.

« Un suivi d’exploitation mieux ajusté est une source d’économie pour les bailleurs et de confort pour les occupants. »

Pilotage des équipements à distance et responsabilisation des occupants
La télégestion fait également partie des service digitaux choisis par les bailleurs, le plus souvent dans le cadre de Contrat de Performance Énergétique (CPE) qui lie contractuellement les parties prenantes à l’atteinte de résultats chiffrés. Ici, la technologie va plus loin que la seule téléalarme : elle permet de piloter les équipements complètement à distance.

« En Île-de-France, nous avons déployé le système Prédity pour suivre l’ensemble des consommations énergétiques du parc de nos clients » indique Rémi Pujol Jacomi. « L’objectif est de maintenir les températures des logements à 19 °C. Quand les températures sont au-dessus ou au-dessous, la technologie permet de changer les réglages des appareils à distance et en temps réel, ce qui contribue sur la durée à la performance énergétique globale. »

La performance énergétique d’un logement collectif passe aussi par la responsabilisation de ses occupants. Jusqu’alors, les charges liées à l’occupation d’un logement étaient réparties au prorata de la surface habitée par chaque occupant (règle du tantième). La digitalisation des équipements thermiques rend possible son calcul et sa facturation en fonction de la consommation individuelle. « Sur ce sujet, plusieurs technologies cohabitent, du répartiteur digital, placé sur les radiateurs dans les logements individuels, au compteur placé sur le palier » commente Rémi Pujol Jacomi. « Une des solutions proposées par Vertuoz consiste à calculer la différence de température entre l’air ambiant et la température affichée par le radiateur équipé d’un capteur. » Le décret de mai 2016 encadre la mise en œuvre de cette individualisation des frais de chauffage et des frais d’eau chaude, dont le déploiement est encore timide chez les bailleurs, quoique efficace puisqu’on estime à 20% le gain en économie d’énergie réalisé grâce à la mise en place d’un service d’individualisation (chiffres ADEME, Syndicat de la Mesure, EVVE).

Vers un carnet numérique d’information
Les opérateurs de services énergétiques souhaitent aller plus loin en matière d’habitat collectif. Ils ne s’attachent plus seulement à optimiser les consommations énergétiques dans les logements mais ciblent directement le service rendu à l’habitant et sa qualité de vie. C’est notamment le cas de la plateforme Habitat + de Vertuoz. Elle propose bien sûr un bouquet de services autour du management et de la maîtrise de l’énergie (mesure et individualisation des consommations, conseils, éco gestes pour réduire leurs consommations) mais aussi un service de messagerie entre gestionnaire et occupants : informations sur la vie quotidienne de la résidence, déclaration d’incidents par les habitants (panne d’ascenseur, fuite d’eau, suivi des services de ménage, jardinerie, etc.).

Pour le moment, le secteur du logement collectif s’approprie de manière très diverse l’arrivée de ces nouveaux usages et services. Pour autant, le mouvement est en marche et les acteurs du marché sont prêts à leur proposer de nouvelles offres.

« En 2025, dans le sillage de la RT 2020, le carnet numérique d’information, de suivi et d’entretien deviendra obligatoire pour le logement collectif. Il recensera l’ensemble des données des logements, pas uniquement énergétiques, qui sera centralisé et accessible à distance à l’aide d’un flashcode. La transition énergétique et plus largement numérique du logement social a de beau jour devant elle ! » conclut enthousiaste Rémi Pujol Jacomi.

* Jusqu’au 31 décembre 2019, le logement collectif bénéficie d’une dérogation concernant leur plafond de consommation d’énergie maximale : il est fixée à 57 kWh/m2/an au lieu de 50 pour les immeubles neuf d’habitation et d’usage tertiaire.