Alors que l’obligation d’ouverture des données publiques est entrée en vigueur le 7 octobre 2018, à peine 10 % des collectivités de plus de 3 500 habitants¹ avaient publié au moins un jeu de données à cette date, selon l’Observatoire Open Data des territoires. Les villes et les citoyens ont pourtant tellement de services à gagner en ouvrant leurs données. Les plus grandes villes l’ont compris et font partie des meilleurs élèves², à l’instar de la métropole de Lyon, comme en témoigne Maxime Valentin, responsable Développement Durable et Innovation de la SPL Lyon, aménageur du quartier Confluence.

Tout d’abord, qu’appelle-t-on les « données publiques » ?

Maxime Valentin – Le concept de « données publiques » couvre l’ensemble des données qui sont produites ou collectées par un État, une collectivité territoriale, ou une autorité administrative, dans le cadre des missions de service public. Ces données doivent être publiées, ou mises à disposition du public et communicables à toute personne en faisant la demande. Elles sont au cœur de la démarche d’ouverture des données.

Justement, comment définiriez-vous le concept d’open data ?

Maxime Valentin – Chaque individu produit des données, à travers ses activités du quotidien, sans forcément s’en rendre compte : lorsqu’il utilise son Smartphone, lorsqu’il se déplace en tramway, lorsqu’il utilise son GPS, lorsqu’il commande un objet par internet, ou encore lorsqu’il règle le chauffage ou la climatisation à son domicile. À ces données individuelles s’ajoutent d’autres informations, anonymes, que certaines organisations privées ou publiques peuvent choisir d’ouvrir à la collectivité en les rendant publiques.

Le terme d’open data désigne donc toutes ces données auxquelles n’importe qui peut accéder et que tout le monde peut utiliser ou partager. Mais pour être « open », ces data doivent remplir certains critères. Elles doivent être disponibles, réutilisables et distribuables (partageables), tout ça dans la perspective d’une participation universelle³.

Quel est le résultat concret pour une collectivité ou un territoire ?

Maxime Valentin – La collecte, l’agrégation et le partage de ces données publiques vont permettre de créer dans le cloud une copie virtuelle de notre ville, constituée de toutes les données partagées par les habitants, les distributeurs d’énergie, la poste, les entreprises, les smart buildings… Si la richesse et le volume de ces données peut impressionner, cela induit surtout un nouveau challenge pour la collectivité : comment peut-elle organiser cette ville virtuelle dans laquelle circulent une multitude de données privées et publiques ?

Pourquoi les villes devraient-elles mettre ces données à disposition ?

Maxime Valentin – Les raisons sont multiples mais la première est d’ordre réglementaire. L’ouverture des données publiques est en effet exigée depuis l’adoption de la loi pour la République Numérique. La mise à disposition des données par la ville permet de rendre l’action publique plus transparente et plus accessible aux citoyens, de soutenir l’innovation et de favoriser le développement économique. Mais surtout, la réutilisation de ces données donne la possibilité de développer des services aux usagers, pour répondre aux objectifs politiques en matière de santé, d’environnement et de transport notamment. Dans cette perspective, la ville va faire en sorte que les données soient non seulement disponibles, mais aussi qualifiées et accessibles, pour permettre aux acteurs de la ville de les croiser et de les traiter. Les données n’ont de valeur qu’à ces conditions.

Pour donner un exemple, la plateforme « Data Grand Lyon » de la métropole de Lyon est ouverte à tous les acteurs du territoire depuis 2011⁴. Elle répertorie et stocke les données de la métropole en temps réel, mais aussi celles du transporteur lyonnais Kéolis, du service de vélos en libre-service Velov’, de l’opérateur de parking Q-Park, de l’observatoire de l’environnement sonore Acoucité, de l’organisme pour la surveillance sur la qualité de l’air Air Rhône-Alpes, etc. En tout, près d’un millier de jeux de données sont disponibles ! L’ensemble des informations sont mises à jour automatiquement et accessibles dans des formats ouverts et normalisés afin de faciliter leur interopérabilité et leur croisement.

La plateforme Data Grand Lyon a ainsi permis de mettre en place de nombreux services – le service d’info-trafic Only Moov, par exemple, pour faciliter les déplacements des lyonnais, tous modes confondus. Pour calculer les itinéraires, il agrège des data historiques et dynamiques en temps réel. Dans le même esprit, un projet Maas (Mobility as a Service), basé sur des données libres et partagées, pourrait faire l’objet d’un démonstrateur à Confluence. L’objectif serait de réguler le trafic et de diminuer son impact sur l’environnement, en déterminant la meilleure option pour aller d’un point A à un point B, par covoiturage, trottinette électrique, Velov’, bus, tramway…, avec un seul ticket de transport.

En tant qu’aménageur, comment vous servez-vous de ces données ouvertes ?

Maxime Valentin – À titre d’exemple, nous développons avec les services de la métropole un démonstrateur (baptisé Confluence Monitoring System ou CMS) dans le cadre du programme européen Smarter Together, aux côtés des villes de Munich en Allemagne et Vienne en Autriche. CMS récupère des données de consommation d’énergie, de production d’énergie renouvelable (photovoltaïque et réseau de chaleur urbain) via la plateforme Data Grand Lyon, puis il les agrège, les traite et les analyse.

L’objectif est de savoir si les smart buildings construits dans le quartier Confluence et si les bâtiments éco-rénovés sont réellement performants en exploitation. Dans le cadre de ce programme européen, nous mesurons clairement l’avantage de disposer de la plateforme Open Data de la métropole pour faire transiter les données et réaliser notre analyse. L’exploitation des données fournies par Data Grand Lyon est un vrai plus pour nous car nous pouvons nous engager dans ce projet sur le long terme. En tant que collectivité, la métropole nous garantit la pérennité des données.

 

[1] Les villes de plus de 3 500 habitants sont soumises à l’obligation d’ouverture

[2] Plus de 40 % des villes de plus de 100 000 habitants publiaient leurs données en Open Data en 2018.

[3] Définition de l’Open Knowledge Foundation

[4] Avec certaines restrictions parfois, selon les usages envisagés quand ils sont commerciaux.