À n’en pas douter, l’auto-consommation électrique gagne du terrain en France, avec plus de 30 000 auto-producteurs d’énergie à la fin de l’année 2018 . Cela semble encore peu, comparé aux 37 millions de foyers raccordés au réseau national d’électricité. Pourtant, on constate une réelle dynamique ces derniers mois : près de 90 % des demandes de raccordement de production d’électricité ont concerné des projets d’auto-consommation. Le nombre de foyers auto-consommateurs pourrait même doubler tous les ans pour atteindre 600 000 en 2023, voire 4 millions en 2030. Un élan favorisé par les récentes évolutions des lois mais qui nécessite de mettre en place des nouvelles pratiques.

 

energie-verte-vertuoz-autoconsommation

L’autoconsommation électrique fait de plus en plus d’adeptes, pour des raisons autant écologiques qu’économiques. À grande échelle, elle permettrait en effet de rapprocher la production d’énergie des consommateurs, qui choisissent généralement des énergies vertes (photovoltaïque, éolien, biogaz, micro-cogénération, voitures électriques…).

L’autoconsommation contribuerait ainsi à l’atteinte de l’objectif de 40 % de production d’énergie renouvelable en 2030.

« Plus largement, cette possibilité de produire sa propre énergie pour l’utiliser pour son usage domestique séduit tous les consommateurs qui souhaitent faire des économies sur leur facture d’énergie, constate Jean-Christophe Bourgeois, directeur Innovations et Internet des objets pour Vertuoz by ENGIE, d’autant plus que l’auto-consommation est désormais encadrée dans le contexte juridique. »

Une réglementation pour encadrer l’auto-consommation

Inscrit dans la loi sur la transition énergétique dès juillet 2016 par le ministère de l’Écologie et du Développement Durable, le décret du 28 avril 2017 fixe la réglementation sur l’auto-consommation en France.

« L’auto-consommation individuelle est facile à mettre en place, affirme Jean-Christophe Bourgeois. Un compteur communicant Linky suffit pour être autonome. Le compteur permet de mesurer l’électricité produite (souvent par des panneaux photovoltaïques installés sur le toit) et l’électricité consommée dans la maison. Mais aussi de connaître en temps réel l’état du réseau. Le foyer peut ainsi consommer directement l’énergie renouvelable et stocker l’excédent produit dans son chauffe-eau ou dans la batterie de son véhicule électrique. »

 

Comment répartir équitablement l’auto-consommation collective ?

Le cadre de l’auto-consommation collective est plus compliqué. Le texte du 28 avril 2017 s’est donc chargé de clarifier la notion d’opération  » d’auto-consommation collective  » (article L.315-2) et de fixer les principes généraux de répartition de la production d’électricité.

À première vue, le mécanisme est semblable à celui de l’auto-consommation individuelle : les copropriétaires se partagent l’énergie produite par des panneaux photovoltaïques en toiture de leur immeuble ou par un système de micro-cogénération dans la chaufferie, par exemple.

C’est précisément le cas d’une copropriété de 96 logements à Nice qui sera le siège d’une expérimentation. L’immeuble est aujourd’hui chauffé par une chaudière au fuel qui sera remplacée par deux chaudières de cogénération destinées à produire l’eau chaude sanitaire, le chauffage et de l’électricité. Tout l’enjeu tient dans la répartition de cette électricité « gratuite » entre les copropriétaires, en particulier quand un surplus est produit.

« La copropriété pourrait choisir une répartition de l’énergie au « tantième », explique Jean-Christophe Bourgeois. Mais dans certains cas, l’électricité gratuite risque de ne pas être totalement utilisée et une part non négligeable sera injectée dans le réseau. A d’autres périodes, les copropriétaires auront besoin d’utiliser de l’énergie complémentaire, qu’ils devront alors payer au fournisseur d’énergie. Ce n’est pas rentable. »

 

Un modèle de contrat d’énergie à inventer

Pour bénéficier de l’avantage apporté par l’auto-consommation électrique, des modèles de répartition alignés sur les consommations réelles de chaque appartement sont expérimentés par les acteurs de l’énergie. « C’est ce modèle dynamique que nous testons dans le cadre de la copropriété à Nice », confie Jean-Christophe Bourgeois. Chacun des 96 foyers entend consommer sa part d’électricité « gratuite » produite par le système de cogénération.

Dans cette perspective de mutualisation, il convient donc que chaque foyer connaisse précisément et en temps réel la puissance qu’il a le droit d’utiliser. Ainsi que la durée durant laquelle il peut se servir de cette électricité gratuite pour effectuer par exemple un cycle de machine à laver ou de lave-vaisselle, pour recharger un véhicule électrique ou pour alimenter un chauffe-eau…

« Tout cela va dans le sens d’un pilotage fin de l’électricité produite, stockée et consommée, souligne Jean-Christophe Bourgeois. Nous recherchons des modes de calcul facile à comprendre, sûrs, fiables et avantageux, pour que l’électricité soit en permanence consommée à moindre coût, que les utilisateurs aient le plus de confort possible et que le système de répartition soit parfaitement équitable. »

 

La blockchain pour gérer l’auto-consommation collective

Pour qu’il adhère à ce modèle de répartition, chaque occupant doit pouvoir l’utiliser en toute confiance et être certain de bénéficier de toute l’énergie disponible, avant de devoir recourir au réseau si nécessaire.La technologie blockchain, qui permet une gestion sécurisée et autonome d’échanges de pair à pair, sans intermédiaire, apparaît comme pertinente pour permettre à chaque copropriétaire de tracer, quantifier et comptabiliser ses flux d’échanges d’énergie.

« Souvenez-vous : au Moyen-Âge, les actes notariés étaient réalisés en place publique, pour répartir les terres entre propriétaires, illustre Jean-Christophe Bourgeois. Le principe est le même. La blockchain permet de monter une place de marché à la vue de tous sur laquelle les utilisateurs de l’auto-consommation collective vont à la fois déposer leurs demandes ou leurs excédents d’énergie. Ces transactions de petites quantités d’énergie sont aujourd’hui complexes à traiter contractuellement.

La technologie blockchain permet donc de certifier la provenance de l’énergie produite et de garantir la traçabilité des flux énergétiques et des flux financiers. »